Je n’aime pas les fromages forts
Je cherche le vrai fermier
C’est le fromage qui divise les tables et les réfrigérateurs. Le munster arrive avec une odeur qui occupe toute la pièce, et un goût qui, presque toujours, surprend par sa douceur. Entre les deux, il y a un travail de cave très précis, une histoire monastique et une appellation qui encadre tout, depuis la race des vaches jusqu’à la durée minimale d’affinage.
Ce qu’est vraiment le munster
Autre spécialité de charcuterie et de tradition : le presskopf alsacien.
Le munster est un fromage au lait de vache à pâte molle et croûte lavée, produit dans le massif vosgien : Haut-Rhin, Bas-Rhin, Vosges, et quelques cantons de Moselle, Haute-Saône et du Territoire de Belfort. L’appellation, obtenue en 1969, reconnaît deux noms pour un même produit : munster du côté alsacien, munster-géromé du côté lorrain — géromé venant de Gérardmer.
Le nom, lui, vient du latin monasterium : ce sont des moines installés dans la vallée devenue celle de Munster qui, au haut Moyen Âge, ont mis au point la fabrication et diffusé la technique aux fermes des hauteurs.
Deux formats, une seule recette
Le grand munster mesure de dix-sept à dix-neuf centimètres de diamètre et pèse au moins 450 grammes ; le petit munster fait sept à douze centimètres pour 120 grammes minimum. Même lait, même procédé : le petit s’affine simplement plus vite, ce qui le rend souvent plus accessible au goût.
La croûte orangée et l’odeur

Tout se joue en cave. Après moulage et égouttage, les fromages passent au minimum vingt-et-un jours dans une cave très humide, où ils sont retournés et lavés à l’eau salée deux à trois fois par semaine.
Ce lavage répété favorise le développement d’une flore de surface, dont Brevibacterium linens : c’est elle qui donne à la croûte sa couleur orangée, son léger poissant, et l’essentiel de l’odeur. La même bactérie travaille sur l’époisses ou le livarot : c’est une signature de famille, pas un défaut.
D’où le grand malentendu du munster : l’odeur est produite en surface, tandis que la pâte, protégée, reste onctueuse et relativement douce. On peut donc parfaitement aimer le goût sans supporter le nez — et l’inverse est rare.
Le choisir et le conserver
Ce qu’on regarde à l’achat
- Une croûte orangée à rouge-orangé, légèrement humide, sans zone sèche ni craquelée.
- Une pâte souple sous le doigt, crème à ivoire, sans creux ni bombement excessif.
- La mention AOP, et pour un fermier, l’indication du lait cru et du producteur.
- Un fromage ni gonflé ni suintant dans son emballage : c’est le signe d’un affinage parti trop loin.
La bonne saison
Les munsters les plus expressifs sont ceux de la saison d’herbage, de l’été au début de l’automne, quand les troupeaux pâturent sur les hautes chaumes. Ce lait-là, plus riche en arômes de fleurs, se lit dans le fromage un mois plus tard.
Le garder sans embaumer le frigo
Dans son papier d’origine, puis dans une boîte fermée, en bas du réfrigérateur, à l’écart des œufs et du beurre qui prennent les odeurs. Comptez une bonne semaine pour un munster entamé. Sortez-le une heure avant de servir : froid, il ne donne rien.
Le déguster et l’accorder
Sur le même registre lacté : la tarte alsacienne au fromage blanc.
La tradition vosgienne veut du cumin à côté de l’assiette : on en saupoudre chaque bouchée, et l’épice coupe le gras tout en calmant l’odeur. Du pain de campagne, des pommes de terre chaudes en robe des champs, une salade verte : le repas complet des marcaires tient dans ces quatre éléments.
Côté verre
Pour choisir le verre qui va avec les plats alsaciens : nos accords vins et choucroute.
Un gewurztraminer ou un pinot gris d’Alsace, riches et légèrement moelleux, tiennent la puissance du fromage. Une bière ambrée fonctionne très bien aussi. En revanche, un rouge tannique se heurte à la croûte et laisse une amertume métallique en bouche : c’est l’accord à éviter.
À la cuisson
Le munster fond franchement et parfume tout : en tarte avec des oignons, en gratin de pommes de terre, ou en munstiflette, cette version vosgienne de la tartiflette. Règle de bon sens : on retire la croûte avant de cuire, sinon l’amertume domine.
Questions fréquentes
Munster ou munster-géromé : quelle différence ?
Aucune sur le produit : ce sont deux dénominations de la même AOP, l’une d’usage alsacien, l’autre lorrain. Le cahier des charges, la zone et les méthodes sont identiques.
Mange-t-on la croûte ?
Elle est comestible et beaucoup l’apprécient, mais c’est elle qui concentre l’odeur et l’amertume. Goûtez-en un morceau : si le nez l’emporte, retirez-la, la pâte seule est bien plus douce. En cuisine, on l’ôte toujours.
Pourquoi sent-il si fort ?
Parce que sa croûte est lavée à l’eau salée pendant l’affinage, ce qui favorise une flore de surface odorante. C’est un choix technique, pas un signe d’altération : un munster qui ne sent rien est un munster trop jeune ou conservé trop froid.
Les femmes enceintes peuvent-elles en manger ?
Les fromages à pâte molle au lait cru et à croûte lavée font partie de ceux qu’on déconseille pendant la grossesse. Les versions au lait pasteurisé et le fromage bien cuit dans un plat sont les options habituellement retenues : la question se tranche avec un professionnel de santé, pas avec un article de cuisine.
Combien de temps se garde-t-il ?
Une semaine entamé, deux à trois semaines entier, en bas du réfrigérateur et dans une boîte fermée. Il continue à s’affiner : plus il attend, plus il coule et plus il parle fort.
Peut-on le congéler ?
Techniquement oui, mais la pâte perd sa texture et devient granuleuse à la décongélation. Si vous en avez trop, mieux vaut le cuisiner : en tarte ou en gratin, le défaut de texture disparaît.
Trois réflexes pour bien faire
Achetez-le chez un crémier qui vous laisse le sentir et le toucher, préférez la saison d’herbage, et sortez-le du froid une heure avant le repas. Posez le cumin à côté, ouvrez un blanc d’Alsace, et laissez de côté le rouge : c’est ainsi que le fromage tient ses promesses au lieu de faire fuir la moitié de la table.
Photo d’ouverture : petit munster-géromé d’Orbey, par Ji-Elle, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.


