Presskopf : le fromage de tête alsacien expliqué
Cuisine traditionnelle
Presskopf : le fromage de tête alsacien expliqué
Par Perrine Wendling / 14 août 2026
Cuisine traditionnelle

Presskopf : le fromage de tête alsacien expliqué

14 Août 2026

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L’essentiel

Le presskopf est le fromage de tête alsacien : une tête de porc pochée trois à quatre heures avec aromates, désossée à chaud, remise en terrine et prise dans la gelée de son propre bouillon. Aucune gélatine ajoutée — le collagène de la couenne suffit. Il se sert froid, tranché épais, avec une vinaigrette à l’échalote montée au dernier moment.
Selon votre situation

Ouvrez la ligne qui vous concerne.

Vous l’achetez chez le charcutier

Regardez la coupe : les morceaux doivent rester identifiables dans une gelée claire. Une masse uniforme et grise signale un produit haché plutôt qu’un vrai fromage de tête.

Vous voulez le faire vous-même

Commandez une demi-tête de porc à l’avance chez le boucher, déjà fendue. Comptez une demi-journée : rien n’est difficile, mais tout est long.

Vous n’aimez pas la gelée

C’est souvent une question de température de service. Sorti trop froid, le presskopf a une gelée figée et fade ; quinze minutes à température ambiante changent complètement la perception.

Le presskopf appartient à la famille des charcuteries de récupération, celles qui utilisent ce que le reste de la cuisine laisse de côté. Sa réputation en pâtit, à tort : bien fait, avec des morceaux nets pris dans une gelée limpide, c’est une entrée franche et peu grasse. Le nom dit d’ailleurs le procédé — Presskopf, la tête pressée.

Ce qu’est le presskopf

C’est la version alsacienne du fromage de tête, que l’on retrouve dans toute l’Europe centrale sous des noms voisins. Aucun fromage n’entre dans sa composition : le mot vient de l’aspect de la tranche, marbrée comme une pâte pressée. On y trouve les chairs de la tête de porc, parfois de la langue et des oreilles, prises dans la gelée du bouillon de cuisson.

La différence avec une terrine classique tient à l’absence de liant : rien n’est haché, rien n’est mélangé à de la panade. Les morceaux tiennent parce que le bouillon, très riche en collagène, gélifie en refroidissant.

La préparation, étape par étape

  1. Le dessalage. Si la demi-tête est salée, laissez-la douze heures à l’eau froide, en changeant l’eau deux ou trois fois.
  2. Le pochage. Couvrez largement d’eau froide avec carotte, oignon piqué de clous de girofle, poireau, bouquet garni, grains de poivre. Portez à frémissement et maintenez trois à quatre heures : l’eau ne doit jamais bouillir franchement, sous peine de troubler le bouillon.
  3. Le désossage. Sortez la tête, laissez-la tiédir juste assez pour la manipuler et désossez à chaud : la chair se détache seule. Retirez les cartilages, gardez la couenne.
  4. Le montage. Coupez en morceaux réguliers, mélangez avec persil et échalote hachés, rectifiez l’assaisonnement — le froid atténue le sel, il faut donc goûter légèrement plus salé que la normale.
  5. La prise. Tassez dans une terrine, versez le bouillon filtré à hauteur, couvrez et laissez au frais douze heures au minimum.
Tranche de presskopf servie à l'assiette avec condiments
À l’assiette : une tranche épaisse, des condiments acidulés, rien d’autre. Photo via Wikimedia Commons, CC BY-SA 2.0.

La gelée, sans gélatine

C’est le point qui distingue un presskopf maison d’un produit industriel. Une tête de porc contient assez de collagène pour que son bouillon prenne seul en refroidissant : ajouter de la gélatine donne une gelée caoutchouteuse qui se détache de la chair à la coupe.

Pour vérifier avant de couler : versez une cuillerée de bouillon dans une soucoupe et mettez-la cinq minutes au congélateur. Si elle prend, le reste prendra. Sinon, faites réduire encore un quart d’heure et retestez.

Le servir : la vinaigrette qui compte

Le presskopf se tranche épais, à la lame fine passée sous l’eau chaude, et se sert frais mais pas glacé. L’accompagnement traditionnel est une vinaigrette à l’échalote bien acide — vinaigre de vin, moutarde, huile neutre, échalote ciselée, persil — montée au dernier moment et versée sur la tranche, jamais à côté.

Une salade verte, du pain de campagne, et c’est complet. La logique est la même que pour la salade de cervelas : c’est l’acidité qui rend la charcuterie digeste. Côté vin, un blanc sec et vif joue le même rôle que dans le baeckeoffe.

Questions fréquentes

Le presskopf contient-il du fromage ?

Non, aucun. Le nom vient de l’aspect marbré de la tranche et du procédé de pressage, pas d’un ingrédient laitier.

Combien de temps se conserve-t-il ?

Trois à quatre jours au réfrigérateur, couvert. La gelée protège la chair ; une fois la terrine entamée, la surface s’oxyde plus vite.

Faut-il ajouter de la gélatine ?

Non. Le bouillon de tête de porc gélifie seul grâce au collagène de la couenne. Le test de la soucoupe au congélateur permet de s’en assurer avant de couler la terrine.

Peut-on le préparer avec autre chose qu’une tête ?

On peut compléter avec du jarret ou du pied, qui apportent eux aussi du collagène. Mais sans les chairs de la tête, le résultat s’éloigne du presskopf traditionnel.

Pourquoi ma gelée est-elle trouble ?

Parce que le bouillon a bouilli au lieu de frémir. Un frémissement régulier, écumé au début, donne un bouillon clair qui prend limpide.

Commandez la demi-tête à l’avance, laissez le bouillon frémir sans jamais le brusquer, et goûtez l’assaisonnement légèrement plus salé que d’habitude : c’est le froid qui décide du résultat final.

Perrine Wendling
Perrine Wendling Cuisine de terroir • Brasseries alsaciennes à Rouen

Perrine Wendling a grandi entre une cuisine alsacienne et une salle de brasserie. Elle écrit sur les recettes de terroir, les temps de cuisson qui ne se négocient pas, les accords mets-vins et les tables de caractère de Rouen.

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